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Madagascar : un an après la chute de Rajoelina, la jeunesse entre désillusion et espoir

Rédaction Touba Infos 24 septembre 2026 3 min de lectureMis à jour le 25 septembre 2026 à 02:48
Madagascar : un an après la chute de Rajoelina, la jeunesse entre désillusion et espoir
Il y a un an, Madagascar vivait des semaines de protestations inédites. À Antananarivo, des milliers de jeunes, souvent désignés sous le terme de « Gen Z », descendaient dans les rues pour dénoncer les coupures d'eau et d'électricité, la corruption endémique et les atteintes à la liberté d'expression. Ce mouvement de contestation, parti de revendications sociales, a rapidement pris une ampleur politique. Trois semaines plus tard, le président Andry Rajoelina était contraint de quitter le pouvoir, cédant la place à une transition militaire dirigée par le Capsat. Un an après, la question demeure : cette jeunesse, qui a porté la chute du régime, a-t-elle vu sa situation s'améliorer ? Les témoignages recueillis dans la capitale malgache dressent un tableau contrasté. Si la liberté d'expression semble avoir gagné du terrain, les difficultés économiques et sociales persistent, alimentant un sentiment de doute et d'impatience. « Nous avons obtenu le départ de Rajoelina, mais notre quotidien n'a pas changé », confie Andry, 24 ans, étudiant en informatique. « Les coupures d'électricité continuent, et l'eau manque toujours dans certains quartiers. On nous avait promis des réformes, mais je ne vois rien venir. » Comme lui, nombreux sont ceux qui estiment que la transition militaire n'a pas répondu à leurs attentes initiales. La corruption, l'un des principaux moteurs de la colère populaire, reste une préoccupation majeure. « Les mêmes pratiques perdurent, parfois sous de nouvelles formes », affirme Hanta, 27 ans, jeune entrepreneure. « Les appels d'offres sont toujours opaques, et les petits commerçants comme moi subissent des tracasseries. On nous parle de lutte contre la corruption, mais sur le terrain, rien ne change vraiment. » Sur le front des libertés publiques, les avis sont plus nuancés. « On peut manifester plus librement, et les médias osent davantage critiquer le pouvoir », reconnaît Rado, 22 ans, étudiant en droit. « Mais cette liberté reste fragile. Les autorités de transition ont promis des élections, et nous attendons de voir si elles seront réellement transparentes. » La question de la représentativité des jeunes dans les instances de décision est également centrale. Malgré leur rôle décisif dans la chute de l'ancien régime, peu de jeunes ont été associés à la transition. « On nous a utilisés pour renverser Rajoelina, mais une fois au pouvoir, les militaires ont repris les rênes sans nous », déplore Miora, 25 ans, militante associative. « Nous voulons être écoutés, pas seulement le temps d'une élection. » L'économie reste le principal point noir. Le chômage des jeunes est élevé, et l'inflation érode le pouvoir d'achat. « Avec la hausse des prix, je ne peux plus subvenir aux besoins de ma famille », témoigne Tiana, 29 ans, vendeuse de rue. « Le gouvernement de transition doit agir vite, sinon la colère pourrait resurgir. » Les autorités militaires, de leur côté, affirment œuvrer pour un retour à l'ordre constitutionnel. Elles ont promis des élections dans les mois à venir, sans toutefois en fixer la date exacte. Cette incertitude nourrit les inquiétudes d'une jeunesse qui craint que les militaires ne s'accrochent au pouvoir. « Nous avons fait tomber un régime, mais nous ne voulons pas d'une nouvelle dictature », prévient Andry. « Si les promesses ne sont pas tenues, nous redescendrons dans la rue. » Cette détermination, partagée par beaucoup, montre que la mobilisation de l'an dernier n'était pas un feu de paille. Au-delà des frontières malgaches, la situation interpelle. Le soulèvement de la jeunesse malgache rappelle d'autres mouvements en Afrique, où des jeunes contestent des régimes en place, réclamant plus de transparence et de justice sociale. La transition malgache pourrait servir de test : les militaires parviendront-ils à répondre aux aspirations d'une génération impatiente, ou la déception mènera-t-elle à une nouvelle crise ? Pour l'heure, la jeunesse malgache oscille entre espoir et désillusion. Si certains saluent les avancées en matière de libertés, d'autres dénoncent l'immobilisme économique et social. Une chose est sûre : cette génération a goûté à la contestation, et elle entend bien peser sur l'avenir de son pays. Les prochains mois seront décisifs pour la transition, et pour la confiance d'une jeunesse qui a déjà prouvé sa capacité à faire tomber un pouvoir. Source : RFI, reportage Afrique, 24 septembre 2026.
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