Interviews du journal l’observateur, avec Serigne Cheikh Abdoul Ahad Mbacke Gainde Fatma.

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1/ Qu’est ce qui selon vous explique la défaite de la coalition BBY à Touba lors des législatives ?

De manière générale beaucoup d’observateurs s’accordent à dire que nous avons mené une bonne campagne, organisée et méthodique avec des équipes qui sillonnaient le département. Il n’y a pas eu un seul jour où l’on a dormi plus de 4 heures. D’outsider au début nous étions devenus favoris au soir de la clôture de la campagne. Le résultat partiel
(parce que c’est bien un résultat partiel qui ne tient pas en compte 40% de l’électorat) sorti des urnes est ainsi apparu comme une surprise pour beaucoup. Comme explication certains parlent de vote sanction, d’autres de trahisons mais personnellement je préfère rester dans le registre des éléments objectifs pour ne pas accabler injustement qui que ce soit. Je retiendrai principalement deux raisons. D’abord l’organisation catastrophique du scrutin a créé un sentiment de frustration et de révolte insurrectionnel qui nous a porté préjudice. Notre coalition a été tenue responsable des manquements par les électeurs ; ce qui a engendré un vote sanction perceptible dans les conversations dans les files d’attente.
Ensuite les populations de Touba n’ont pas oublié le Président Wade qui demeure très populaire dans la ville sainte.
Enfin Le saccage du bureau de vote de l’Université Baaye Lahad où je devais voter en compagnie tous les habitants de Darou Khoudoss et de Madiyana, fief de Aliou Sylla qui figure sur la liste explique aussi en partie le score des élections.
2/ L’administration, à sa tête le sous préfet de ndam est indexé à tord ou à raison pour avoir été à l’origine des déconvenues le jour du scrutin à touba. Etes-vous de cet avis ?

Personne ne peut le nier. A sa décharge la pluie mais il aurait fallu prendre les dispositions nécessaires à temps. Je ne doute pas de la bonne volonté du sous préfet que je connais personnellement mais il avait une charge de travail énorme à cause de l’immensité de la ville et des autres communes rurales ; dans l’avenir il faut penser mettre un dispositif spécial pour les élections à Touba.

3/ Des langues se délient et lient votre défaite à certaines sorties maladroites de vos propres parents Mbacké-Mbacké. Etes-vous de cet avis ?

Je ne le pense pas contrairement à beaucoup de gens parce je ne peux pas douter de la sincérité de ceux dont vous faites allusion compte tenu de la qualité de nos relations et de leur degré d’implication dans le processus. Donc s’ils se sont trompés, c’est de bonne foi. La preuve ils ont immédiatement demandé la coupure de certaines séquences de leur discours lors des rediffusions. Pour cette raison je ne leur en tiens aucunement rigueur parce que moi même j’ai dû commettre certaines erreurs dans le feu de l’action.

4/ D’autres personnes évoquent un manque de réalisme et un démarrage tardif de vos activités politiques mais aussi un manque de moyens financiers pour justifier la débâcle de la coalition BBY. Commentaire.

Le démarrage tardif est une réalité parce que je n’ai même pas assisté au meeting d’ouverture à cause du double deuil qui me frappait. Tout le monde me poussait à abandonner mais c’était mal me connaître parce que je ne peux imaginer prendre des engagements de ce niveau devant les plus hautes autorités politiques et religieuses du pays et me débiner du jour au lendemain pour quelque raison que soit.
On n’a pas manqué de réalisme mais j’ai naturellement une grande confiance en soi que j’ai voulu insuffler aux autres membres de la coalition pour enclencher une dynamique positive nécessaire à la reconquête. C’était une stratégie de mobilisation et au finish tout le monde a cru à la victoire et s’est lâché ; résultat nous avons fait un bond de 40% par rapport référendum 2016 sur seulement moins de 70% de l’électorat du département. Si tout le monde avait voté on allait dépasser la barre des 50000 électeurs.
Pour ce qui est des moyens ce n’est une excuse puisqu’on en disposait plus que les autres. A mon avis les moyens constituent une condition nécessaire mais pas suffisante pour gagner des élections.
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5/ Plusieurs chefs religieux avaient donné des consignes de vote en faveur de votre coalition mais cela n’a pas donné l’effet escompté sur les résultats du scrutin. Votre commentaire.

Cela a eu un effet forcément sur l’augmentation du score comme le vote sanction religieux s’est fait sentir à Mbacké et à Darou Salam.

7/ L’association des maires du département de Mbacké est monté au créneau pour dénoncer leur exclusion dans les investitures comme dans l’allocation des moyens de campagne centralisés autour de votre personne.

Pour les investitures je n’ai aucune responsabilité. En ce qui concerne la campagne j’étais tête de liste donc premier responsable de la gestion de la campagne. Chaque commune a reçu le même montant que les autres communes du Sénégal sans compter les appuis individuels reçus par certains.
Pour le reste, je ne suis pas dans une logique de positionnement politique comme certains qui ont tout fait pour saboter.

8/ Le régime du Président Macky Sall tarde à prendre ces marques à Touba. Selon vous où se trouve le blocage ?

je ne suis pas du même que vous. Lors des législatives de 2012, la coalition avait obtenu 23304 voix, 26315 voix lors du référendum et cette année elle est à 37071 voix sur moins de 70% de l’électorat. Benno bok yakar a fait un bond de 40% en 15 mois. Elle a conquis des bastions de l’opposition ( Taif plus de 2000 voix de différence avec la coalition Gagnante, Touba Belel 75% des voix). Pour la fois première depuis 1998 le Président Wade est candidat, bât campagne dans le département de Mbacké et n’obtient pas la majorité absolu. Il est aujourd’hui à 47% et Benno 38%. L’écart s’effrite considérablement parce qu’on est loin des 70 ou 80% de l’époque. Je vous rappelle que je n’ai pas fait de précampagne et je n’ai été actif que durant deux semaines pendant la campagne. Si le travail qui été entamé se poursuit en direction des populations déshéritées des santhianes (quartiers périphériques) avec une politique visant la satisfaction des besoins en terme d’infrastructures sociaux de base, le pari peut être gagné. Mais il faut absolument rationaliser les investissements à Touba pour que toutes couches des populations puissent y accéder. Cela passe par la mise en place d’un plan directeur à long terme pour éviter les pilotages à vue subjectifs.

9/ Le Président Macky Sall avait placé un grand espoir sur votre personne maintenant que la machine s’est agrippée quel sera l’avenir de votre compagnonnage ?

Permettez moi d’abord de le remercier pour cette confiance. J’ai accepté la main qu’il m’a tendue malgré tous les obstacles, les jalousies, les attaques et la haine de certains parce que je suis persuadé qu’il a beaucoup fait pour Touba ( ses plus gros investissements avec l’autoroute), qu’il porte en haute estime la famille de Cheikh Ahmadou Bamba. A ce titre il mérite d’être accompagné. Aujourd’hui les nuages se dissipent, il a pratiquement gagné dans toutes les villes mourides contrairement au référendum. C’est un excellent Président dont je m’honore de l’amitié. Il sait qu’il peut toujours compter sur moi à chaque fois que les intérêts de la nation l’exigent.
Pendant deux semaines j’ai vécu des moments exceptionnels au contact des populations et je vais continuer à les servir parce que c’est ma vocation et je dévoilerai bientôt sous quelle forme je vais le faire.

10/ Le recours en annulation du vote introduit par votre coalition BBY est jugé inopportun par une classe politique ; partagez-vous cet avis ?
Le recours est une partie intégrante du processus électoral et Benno n’est pas le seul à le faire d’ailleurs. C’est une question de principe et de droit. Mon appréciation personnelle importe peu.

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