Est-ce que notre opposition fait réellement le poids devant le Pouvoir en place? Baye Mansour Diop

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Un point de vue largement partagé chez nombre de nos compatriotes est, qu’au vu de la gestion calamiteuse de notre pays par le Régime en place, il est vital d’alterner la seconde Alternance, dès février 2019. Et, pour cela, les gros calibres de notre personnel politique se sont déjà positionnés dans les «starting-blocks» pour déboulonner l’actuel pensionnaire du Palais de la République, dès février 2019.

Mais, au train où vont les choses, le « Parrain du parrainage » a-t-il grand-chose à craindre de ses challengers ?

Si l’on se fie aux conclusions de certaines analyses dont la quintessence a été exposée dans l’Observateur n° 4373 du lundi 23 avril 2018, Macky Sall est un fin manœuvrier tellement habile qu’on n’hésite pas à le surnommer «Mackyavel». L’allusion est claire! Ses adversaires le sous-estiment (à tort, selon l’analyste politique Yoro Dia), le raillent en le traitant de «ngaaka» (l’idiot) ou de lion endormi, dépassé par les événements et complètement déphasé par rapport aux urgences du moment. Pourtant, au finish, force est de convenir qu’il réussit toujours à damer le pion à ses contempteurs, malgré leurs fines stratégies et efforts opiniâtres pour le torpiller.

Ce qui est cependant indéniable, c’est que Macky Sall, à l’heure actuelle, touche les fonds de l’impopularité. On lui reproche une facilité déconcertante de reniement de ses engagements et promesses. Et, à en croire ses pourfendeurs, sa parole n’est pas fiable pour un sou. Le monde rural, en proie au désarroi, lui en veut, car malgré les déclarations de son Ministre de l’Agriculture, la campagne agricole, surtout son volet commercialisation de l’arachide, est un échec aux conséquences désastreuses. L’Éducation, la Santé, la Fonction Publique locale, le secteur du nettoiement, et j’en passe, sont en ébullition pour cause de non-respect des engagements pris par les différentes autorités de tutelles. Le secteur privé national s’estime sacrifié au profit d’intérêts, en particulier turcs et surtout français. Les milieux religieux ne sont pas en reste, eux qui s’estiment victimes d’un certain manque de considération de la part de l’autorité étatique. Pour tout couronner, on lui reproche à l’unanimité d’avoir instrumentalisé le Pouvoir Judiciaire pour mettre sur la touche certains adversaires politiques comme Khalifa Sall ou encore Karim Wade.

Bref, Macky Sall semble ne plus peser grand-chose aux yeux d’une frange importante de l’opinion publique. Et, un leitmotiv qui revient souvent dans la bouche de nos compatriotes, surtout dans les réseaux sociaux, est que «Macky ligguééyoul » !

Mais qu’y a-t-il En face de lui?

Une opposition hétéroclite, incapable de s’entendre sur quoi que ce soit, inapte à coordonner des actions concertées pour le déboulonner. Elle s’époumone à le noircir mais le plus souvent se discrédite elle-même par le caractère puéril et léger de son argumentaire. . Cette opposition prétend porter la parole du peuple. Mais, à la lumière des derniers événements qui ont ponctué la vie de la Nation, il est évident que ce peuple ne se retrouve pas dans la diatribe incendiaire de cette armée mexicaine : malgré l’impopularité criarde de la loi sur le parrainage, les masses laborieuses sont restées sourdes à l’appel à la mobilisation des «preux chevaliers, défenseurs de la démocratie et des valeurs républicaines ».

Si on les prend individuellement, qui sont-ils, ces ténors de l’opposition qui veulent envoyer Macky Sall et sa Coalition à la retraite politique ou à l’opposition?

Idrissa Seck : Celui-là s’est déjà paré de la pourpre de la «toga imperialis». En clair, il s’est déjà installé dans la peau du prochain Président. C’est lui et personne d’autre. La tonalité de son discours décliné à la première personne du singulier montre à suffisance que, pour lui, c’est autour de son «panache blanc» que doivent se rallier tous les autres membres de l’opposition. C’est lui qui distribue les rôles.
Est-ce que les autres leaders de l’opposition accepteront de revêtir «l’habit» qu’Idy leur a taillé ? Rien de moins certain ! On lui reproche même une certaine suffisance et une arrogance avérée, tellement débridée qu’il agace bon nombre de nos compatriotes qui sont ainsi réticents à lui confier les destinées du pays.

Sonko par exemple n’a eu rien de plus pressé, au lendemain du vote sans débat de la loi sur le parrainage, que remettre Idy Seck à sa place. Que s’est-il passé ? Le Président de Rééw-mi a annoncé sa volonté de saisir le Cour de la CEDEAO pour attaquer la loi qui venait d’être votée. Et, pour cela, il a invité les leaders de l’opposition à se joindre à lui dans un vaste front pour assurer le succès à cette démarche. Et Sonko lui a tout de suite rétorqué qu’un tel cadre de coordination du combat de l’opposition contre le pouvoir existait déjà et que lui, Idy, n’avait qu’à l’intégrer. Bien entendu, Idy a ignoré l’invite.

Gakou de son côté fait tout pour se positionner. La veille du vote de la loi sur le parrainage, il a initié une « marche » à travers certaines artères du centre-ville. Au terme de ce «one man show», il a fait une déclaration qui me semble personnellement révélatrice d’un état d’esprit ou d’un « profil » de très mauvais aloi pour un « futur Chef d’État». Il a déclamé très pompeusement qu’on a dit qu’il n’oserait pas faire cette marche et il l’a faite! Pour prouver quoi ? Qu’il a osé? Moi, ça me semble relever d’une puérile et désolante rodomontade de Matamore de salon, pour quelqu’un qui aspire aux plus hautes responsabilités étatiques.

Le PDS et ses alliés se focalisent toujours sur la candidature de Karim Wade. Ils n’envisagent pas de plan B, pas plus qu’ils ne sont prêts à soutenir un autre candidat. Or la grande question est de savoir si ce candidat viendra participer effectivement à la compétition. Est-il juridiquement habilité à briguer les suffrages des sénégalais ? Autant de questions auxquelles aucune réponse claire n’a été apportée jusqu’à présent. Jusqu’à quand, les militant et alliés des libéraux accepteront-ils de naviguer dans le flou, dans le clair-obscur à ce propos? Question qui trouve sa pertinence dans «l’impatience» que traduisent les déclarations d’un Farba Senghor ou la candidature déclarée d’un Samuel Sarr.

Les autres, comme Pape Diop de Bokk Gis-Gis, ou Abdoul Mbaye de ACT (pour ne citer que ceux-là) ne me semblent pas avoir suffisamment d’envergure pour peser d’un quelconque poids sur le cours des événements.

À la pratique, il semble donc établi que, pris individuellement, aucun de ces acteurs politiques n’a suffisamment de «surface» pour déboulonner Macky Sall. Alors, ce sera seulement en fédérant leurs forces et en mutualisant leurs moyens qu’ils réussiront à l’alterner. Pas autrement ! Et pour cela, il faudra que les uns et les autres acceptent de «museler» leurs egos pour frapper ensemble et vaincre l’ennemi commun. Autrement, Macky va surfer sur leurs divergences et conflits d’intérêts pour les renvoyer à leurs gammes.

Y arriveront-ils?

That is the question !

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