Serigne Fallou Mbacké ou le Sénégal tout court !

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Serigne Fallou, un nom sénégalais certes mais qui dépasse les frontières. Il est rare de voir une personne qui n’a pas entendu ce fameux prénom. Celui-ci est porté par un homme contemporain qui quitta ce monde il y a un demi-siècle ! Inoubliable, parce que la personne ainsi que tous ses corollaires (nom, lieu et date de naissance) sont simplement miraculeux. En effet, la venue au monde de Serigne Fallou était un vœu exaucé de son Vénéré père Serigne Touba, qui disait que s’il n’était pas apparu dans sa famille, il serait prêt à aller à sa recherche où qu’il soit jusqu’à ce qu’il le trouve. Donc je peux dire d’emblée que Serigne Fallou est un don mais aussi une marque de la dimension spirituelle, une reconnaissance ou une récompense de Dieu envers Serigne Touba.

Sokhna Awa Bousso, une femme pieuse d’une sainteté exceptionnelle à l’image de Sokhna Diarra Bousso, était la mère de Serigne Fallou, qui naquit en 1888 à Darou Salam au 27ième jour du mois de Rajab de l’an 1305, correspondant à l’anniversaire de l’ascension du Prophète Mohamed (PSL) qui apporta à sa communauté à l’issu de ce fructueux voyage céleste les cinq prières de l’Islam. Quelle bénédiction divine ! Il a fait comme tous les fils de Serigne Touba la prestigieuse école coranique de Serigne Dame Abdou Rahmane LO de Ndame à bas âge. Après une maitrise parfaite du Coran, il apprit la théologie auprès de Serigne Mame Mor Diarra Mbacké Borom Sam avant de rejoindre l’école de Mame Thierno Ibra Faty Mbacké, l’éminent professeur. Son éducation fut parachevée par son père Serigne Touba, lorsqu’il fut exilé en Mauritanie. Sa formation riche tant par la qualité des enseignants que par la pertinence des contenus, lui a valu d’être un érudit hors pair. Il était un poète dont les vers rappellent toujours aux lecteurs la nécessité dans ce monde d’adorer Dieu et de suivre la Souna du Prophète (PSL). Le reste de ses textes était également destiné à chanter les éloges de Serigne Touba, son guide et permettait à tout talibé de connaitre davantage le Cheikh.

Par ailleurs, sa relation avec Serigne Touba était plus qu’un lien de parenté entre un fils et son père. Ainsi très tôt compris la dimension spirituelle insondable de Serigne Touba, Serigne Fallou convertit cette paternité en fervent talibé plus dévoué que jamais. Il accomplit un acte symbolique qui restera à jamais gravé dans la mémoire des mourides. Il joignit alors la parole à l’acte autrement dit il vendit son statut de fils contre le statut d’être un talibé avant de rapporter les faits dans un poème dédié à son nouveau guide Serigne Touba: « Notre espoir est en Toi, Toi qui nous as ouvert les portes de la félicité. Je Te vends mon rang de fils pour acquérir la gloire d’être Ton talibé. Et quand Tu m’auras donné cette gloire, je Te demanderais de bien vouloir l’accepter comme don pieux». Depuis lors il plaça tous ces actes sous l’angle d’un disciple envers son Maitre dans le but d’obtenir l’agrément de Dieu. Nous comprenons de cet acte que Serigne Touba est un homme spirituel universel qui peut guider dans le droit chemin toute personne aspirant l’être.

Un nouveau-né qui a jeuné son premier jour au monde en dit long sur ce qu’il allait devenir. Sa dimension mystique et spirituelle a émerveillée plus qu’une personne, à la limite elle étonne ! Combien de gens ont profité de sa baraka de près ou de loin. Il est célèbre par sa facilité à répondre aussi rapidement que possible aux sollicitations des personnes aussi distantes que proches. Nul n’ignore que Serigne Fallou était en parfaite connivence avec son Seigneur. Tout ce qu’il disait ou voulait Dieu l’agréait avec suffisance. C’est pourquoi les gens peu importe leur appartenance ethnique, raciale ou religieuse convergeaient vers lui pour voir leurs souhaits exaucés sans perte aucune. Il était le père de la nation, il était lui-même le Sénégal comme il le réclamait d’ailleurs (maan Serigne Fallou maay sénégal). Il empêcha les criquets pèlerins dévastateurs de piller les récoltes (djéreer yi molèn ayé tol yi) sans pulvériser d’insecticide. Il guérissait des maladies déclarées incurables (goum bayil naar, la peste éradiquée en 1945) sans médicament, ni hospitalisation. Il élisait des présidents impopulaires (Senghor seng si kaw) sans faire de campagne électorale et destituait les détracteurs les plus féroces de l’Islam sans calomnie ni usage d’armes, pour ne citer que ces faits marquants. Serigne Fallou encore appelé El hadji Fallou était exceptionnel sur tous les plans. Jusqu’à présent nous talibés sommes convaincus que l’invocation simple du nom de Serigne Fallou sept fois suffit pour que Dieu résolve nos soucis et exauce nos prières les plus improbables.

Deuxième calife de Serigne Touba de 1945 à 1968, Serigne Fallou a marqué les esprits par une époque particulièrement faste et magnifique. Il a comblé de joie et à la fois consolidé la foi de tous les talibés. Il a posé les jalons d’une ville moderne de Touba. D’abord il élabora un plan de lotissement de la sainte ville qu’il confia à Serigne Cheikh Mbacké premier petit fils de Serigne Touba. Un lotissement qui a fait actuellement de Touba une ville référence. Touba jadis un village, fut électrifié sous l’autorité de Serigne Fallou. Puis, un premier forage fut construit dans le quartier de Darou Manan pour alimenter en eau potable la population. Touba fut aussi doté de nouvelles routes bitumées dont une autoroute jusqu’à la Grande mosquée. Grâce à Serigne Fallou, Touba est devenu un point de convergence, un lieu de rendez-vous mondial, car sous son califat, il institua toute la communauté mouride à venir faire le Magal à Touba tous les 18 Safar. Il construisit le marché Ocass qui est devenu un véritable centre d’approvisionnement national en marchandises de toute sorte, un pôle économique régional, un énorme complexe commercial. En outre, Serigne Fallou termina les travaux de la grande mosquée et l’inaugura le 7 juin 1963. Il fut le premier imam à diriger une prière dans cette symbolique mosquée de Touba dont l’emblématique minaret porte le nom de Mame Cheikh Ibrahima Fall. Pourquoi Serigne Fallou a délibérément choisi de donner à ce minaret le nom de Mame Cheikh Ibrahima Fall ? Mystère et boule de gomme ! En tout cas cela a fait couler beaucoup de salive et peu d’encre. Pour moi c’est une marque de reconnaissance et une réplique de Serigne Fallou à ceux qui pensent écarter Mame Cheikh Ibrahima Fall le mystique, de la voie mouride voire de l’Islam. Dit ou vu autrement, Serigne Fallou confirma par ce geste que Mame Cheikh Ibrahima Fall est une partie intégrante de la voie du Salut et occupe le summum de la gloire. Le rappel à Dieu de Serigne Fallou Mbacké le 06 Août 1968 à Touba a laissé le Sénégal dans une profonde tristesse.

Serigne Fallou était le pionnier de la diplomatie mouride. Il effectua un long voyage vers la Mecque. Un périple empreint de sagesse et de gloire mais qui peut être vu comme une ouverture des relations de fraternité entre les mourides et le reste du monde si on se fie aux nombreuses escales marquées durant cet historique pèlerinage (voir le carnet de route écrit par Serigne Fallou lui-même sur son pèlerinage à la Mecque). Serigne Fallou Mbacké a marqué l’histoire politique du Sénégal sans pour autant être un homme politique. Il est difficile de parler du magistère du Président Senghor sans aborder sa relation avec Serigne Fallou. Son amour à Serigne Touba et sa détermination à achever la volonté exprimée par le Cheikh à construire une splendide mosquée a Touba, ont précipité sa rencontre avec le premier Président du Sénégal. En effet, Serigne Fallou devint calife général des mourides après la disparition du regretté Serigne Mouhamadou Moustapha Mbacké, le 13 juillet 1945. Ce dernier avait brillamment réussi à entamer les travaux de la grande mosquée malgré les nombreux blocages administratifs orchestrés par les autorités coloniales. Après sa disparition, ces obstacles ont aussi persisté. Mais sachant qu’un vœu ou un souhait de Serigne Touba n’échoue jamais, Serigne Fallou a relancé avec une abnégation sans commune mesure la reprise des travaux de la grande mosquée qui ont même fait l’objet de procès judiciaires à l’époque. C’est dans ces durs moments de recherche de solutions qu’un certain Léopold Senghor arriva dans la cité sainte de Touba pour solliciter les prières de Serigne Fallou pour être élu député du Sénégal à l’Assemblée Nationale Française. Serigne Fallou obsédé par l’achèvement de la construction de la grande Mosquée de Touba, lui garantit qu’il remportera toute élection souhaitée si une fois élu il aidera les mourides à accomplir leur mission la plus noble. Senghor devint ainsi député noir et plus tard Président de la République du Sénégal, fonction qui eut davantage nourri et raffermi leurs cordiales relations. Serigne Fallou a été aussi l’inventeur des cérémonies officielles pendant le Grand Magal de Touba, une activité reprise par toutes les familles religieuses du Sénégal car étant une occasion d’échanges entre le spirituel et le temporel, autrement dit entre les chefs religieux, les représentants de l’Etat et les différents corps diplomatiques accrédités au Sénégal, sur la bonne marche du pays. Cela prouve combien Serigne Fallou était un homme de dialogue et de concorde sociale, quelle diplomatie réussie !

Bref, Serigne Fallou a marqué son temps et continue à conditionner les générations actuelles et futures. L’homme très populaire avec une pléthore d’homonymes est un monument pour la nation sénégalaise. Rares sont les pères qui n’ont pas donné leurs fils le nom de Serigne Fallou, certains même plus fanatiques en donne à leurs filles pour témoigner de l’amour, de la révérence, de la reconnaissance… envers ce symbole de la bonté, de la générosité, de la tolérance… Honneur à Serigne Fallou Mbacké, l’homme qui est partout aimé pour son savoir, sa simplicité, sa sainteté, sa spiritualité, sa sincérité, sa générosité… Serigne Fallou est le remède à mes soucis où que je sois, il est ma passion. En ce mois béni de Rajab, je ne manquerai de lui témoigner mon affection à travers ma plume pour que Dieu nous donne moi et celui qui lira ce texte une longue vie paisible jusqu’à Firdawsi la demeure éternelle.

Dieureudjeuf Serigne Fallou Mbacké

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