“UNE SI LONGUE LETTRE”A PAPA !

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Papa ! Je me demande comment je t’aurai appelé si tu étais encore en vie ! Seugn bi ? Baay ? Mara, comme t’appelaient certains proches ? Je ne sais pas trop. Ou alors, continuerai-je certainement à t’appeler Papa, comment je le faisais adorablement au bon vieux temps…!
Tu es parti à un âge ou j’étais encore immature. Je n’avais pas encore pris conscience de ce que c’était un Père. Tu es parti à un moment où tout ce que j’avais compris d’un Papa, était cet homme qui cédait à mes caprices. Cet homme qui nous défendait et auprès de qui, nous nous réfugions lorsque Maman voulait nous frapper pour nous corriger. Tu nous avais tout appris sauf vivre sans toi. Je me demande encore comment nous avions pu tenir le coup, comment nous avions pu encaisser et vivre avec dignité et foi ton absence. Je crois avoir finalement trouvé la réponse. Oui, tu es parti ! Certes. Mais tes œuvres sont restées. Cette éducation que tu nous avais donnée, ces leçons de vie que tu nous avais inculquées, continuent encore de guider et d’illuminer nos pas. Les seules fois, où je pleure encore ton absence, ce sont ces matins où, je me réveille avec un projet ou une idée en tête, me disant : « tiens il faudra que j’en parle à Papa et qu’il me dise ce qu’il en pense » avant de réaliser que tu n’es plus là. Ces jeudis soirs où j’aimerai bien, en compagnie de mon mari CHeikh Al Muntaqa Saalih, venir te rendre visite, « andile la adiya », passer le « Goudi Adjouma » avec toi, et te demander de prier pour nous, de nous gratifier de tes conseils en matière de mariage comme tu l’as si toujours bien fait pour tant de couples, dont tu as toi même scellé les liens, octroyé la dot dans la plus grande discrétion, juste pour les motiver et les encourager à devenir de fervents croyants responsables, pratiquant leur religion dans la plus grande et noble des unions, qu’est le mariage. Ces gens dont je ne citerai pas forcément leurs noms, mais qui te sont encore très reconnaissants. Car, ils continuent toujours à témoigner de leur gratitude à ton égard. Ils ne cessent de prier pour toi et expriment à chaque fois que nous les rencontrons ce grand vide que tu as laissé dans leur vie. J’aurai aussi voulu te ramener tes deux petits enfants : Seugn Mountaha et Sokhna Diarra afin que tu pries pour eux et leur donnes ta bénédiction. Hélas, l’homme propose et Seul, Dieu dispose ! Mais je leur parlerai très souvent de toi, de tes qualités, afin que tu leur inspires tout comme tu nous as inspirés. Je partagerai avec eux nos petites discussions, nos échanges si passionnants, si fructueux et pleins de morale. Sauf que cette morale, je ne l’ai saisie qu’après ton départ.
Baay, mon géant dans l’ombre …
Tu étais mon homme, mon idole, ma référence. Nous n’avions pas eu la chance d’avoir un père qui était là physiquement tous les jours, tellement tu étais pris par ton travail, tes engagements religieux. Et tu étais celui qui était au service de tous, pas seulement de nous. Tu n’étais pas là, avec nous tous les soirs pour nous tenir compagnie et regarder la télé avec nous certes, mais rassures-toi, nous ne t’en voulons pas. Nous t’avons suffisamment vu faire, agir, et de par tes actes nous avions compris tellement de choses. Comme quoi, les actes sont plus éloquents que les paroles. Tu étais toujours si positif et débordant d’optimisme. Tu étais toujours à l’écoute de tes enfants, de ta famille de tes disciples et tu tenais toujours à leur donner le bon exemple. Tu n’attendais rien de personne et tu partageais tout ce que tu possédais. Ta maison était la demeure de tous. Tu étais si discret dans tes pratiques religieuses. Tu n’hésitais jamais à te dérober du salon au moment où les discussions allaient bon train, pour te réserver un petit moment spirituel dans ta chambre en priant ou en lisant le Coran.
Toujours à la quête perpétuelle de l’agrément de Serigne Touba…
Tu étais cet homme affectueusement appelé « Mara » ou « Seugn Fallou »et qui a laissé des traces indélébiles de on humilité en tant que talibé mouride, et en tant que guide religieux. L’on se rappelle cet arrêt sur image lors d’une visite de Serigne Mourtada Ibn Khadimur Rassoul où le poids de ta dévotion courbait ta stature élancée et un foulard noué à la taille pour servir ce fils de Boorom Touba. Des images de toi aux côtés de ton cheikh et ami, Serigne Mbacké Soxna Lo, montrent toute la complicité qui te liait avec l’ainé du premier petit fils de Borom Touba. Eternel « daroukhoudossien », tu étais ! Me rappelant ainsi le kolaré mouride, tu avais successivement prêté acte d’allégeance à Serigne Cheikh Gaindé Fatma, puis à Serigne Mbacké Sokhna Lo, et enfin à Serigne Abdou Fatah Mbacké. L’élégance, la modernité et le savoir « Darou Khoudoss » ne te faisaient point défaut, baay !
Le Mara entrepreneur avec une vision humanitaire
Ta casquette de guide religieux n’avait pas restreint tes ambitions d’homme de ton temps. Tu avais une vision du développement socio-économique très contemporaine et même en avance pour un autodidacte. Tu étais un self made-man, Serigne Fallou Amar. Un entrepreneur qui a démarré à 17 ans avec de petits commerces avant de devenir un intègre homme d’affaires qui brassait plusieurs activités allant de la photographie, du commerce de gros à l’audiovisuel en passant par l’immobilier. Et c’est ce qui m’a le plus impressionné chez toi, tu n’as jamais eu le complexe d’exercer un quelconque métier. Combien de fois, tes camarades nous ont rapporté que tu étais l’un des plus riches entrepreneurs de ta génération. Cette richesse, heureusement Baay, tu n’en faisais pas sienne.
Une vie empreinte de générosité…
On témoigne de toi, une générosité que ta famille (frères, enfants et épouses, talibés) et même bien d’autres employés et amis bénéficiaient à tous temps. Mes camarades de classe Bineta Dia, Dija Sembene, Dior Niasse, Sophie Diagne et Mami Khoudia Sock Mbaye ne diront pas le contraire. Combien de fois, nous nous sommes rendues à ton bureau et étions rentrées avec des sommes colossales pour des enfants de notre âge. Nous nous souvenons encore de ces célébrations de mariage de tes employés et de tes disciples que tu prenais en charge en assurant les dépenses quotidiennes. Au-delà, du fait que tu les exhortais au travail et à l’adoration divine, tu les assistais dans les événements aussi bien heureux que malheureux. Lors du magal de Touba, les domiciles aux alentours de chez toi, et bien à des kilomètres ne manquaient point d’eau. Ton camion-citerne faisait le tour des maisons pour leur permettre de faire le plein. Une opération semblable était aussi effectuée lors des fêtes religieuses (Aid el Fitr et Aid el Kabir), événements pendant lesquels tu distribuais des béliers et des sacs de riz aux familles religieuses mais aussi aux nécessiteux. Je raconterai à tes petits enfants que tu étais cet homme pieux qui contribuait aux frais de l’école coranique, en l’occurrence « daaraay baay abdou mbaw », dans laquelle étudiaient tes enfants et ceux de tes proches. Toutes ces actions Baay, tu les avais réduites au silence. Le culte de la discrétion était primordial dans tes relations avec tout le monde. Ce n’est qu’à ta disparition que les témoignages ont mis la lumière sur tes actes de bienfaisance à l’endroit de tes proches et bien d’autres. « Fallou, kou bakhone la, motahone manul goud faane », c’est en substance ces qualificatifs qui sont évoqués quand on prononce encore ton prénom.
Tes actions pour Gad Yelle et sa population…
En digne fils de Gad Yelle, tu t’es donné corps et âme dans le développement de cette communauté rurale, dans laquelle tu avais vu le jour en 1953. Tu as contribué, avec succès, à l’adduction en eau potable dans la contrée, à la modernisation des routes, et au développement des secteurs de la santé et de l’éducation. Tu avais rehaussé le niveau de l’organisation du Magal de Gad Yelle à travers tes relations avec les autorités administratives et gouvernementales. Un challenge, qu’aujourd’hui ton frère et ami Serigne Mourtada Amar, actuel khalife de Gadyel a su relever avec brio. Vous lui manquez, c’est clair ! Il suffit de le voir pour savoir que toi, Baay Goumba, et baay Amadou avaient laissé un grand vide dans sa vie, tellement vous étiez proches. Plus que des frères, vous étiez des complices. En ce 6 janvier 2018, toute la communauté Darmonko, célèbre le magal, et tous ensemble, prions pour toi. Toutes nos pensées sont tournées vers toi. D’ailleurs, ton fils Khadim Cheikhouna Bamba Amar, Président du comité scientifique du Magal concoctait depuis lors une noble et belle initiative, celle de te rendre un vibrant hommage en retraçant ton parcours à travers un magazine. Nous prions pour que ce projet voit le jour.
Quand ton départ sonna l’alarme…
Ton départ a été, si j’ose dire, ce grand message pour moi. Ce rappel de Dieu qui a ramené ma vie à l’essentiel. J’ai compris que la vie est un court séjour qui trouvera tôt ou tard sa fin. J’ai compris que nul n’est éternel. Cette raison me console de plus en plus, car je sais qu’un jour on se retrouvera. Je garde ma foi et je suis les recommandations divines du mieux que je peux, tel que tu nous l’avais enseigné, Baay. J’ai réalisé que cette vie est éphémère et c’est pourquoi, je tacherai de toujours m’évertuer vers le bien, comme le recommande notre guide, ton bien-aimé Cheikh Ahmadou Khadim Rassoul, que je cite :  » Sache ô Mon frère, que la vie d’ici-bas est très éphémère. Sois donc conscient de la mort. En conséquence, éloignes-toi de toute chose en laquelle tu ne souhaiterais pas trouver la mort. Toute chose en laquelle tu souhaiterais te trouver au moment de la mort, consacres-toi à elle avant qu’il ne soit trop tard. Évites la procrastination car à la longue, elle mène les soumis vers la perversion. Persévères dans la quête de la droiture et de la soumission avec ascétisme, scrupule et sobriété ».
Tu as été remis à Dieu, mais je ne te dirai pas pour autant Adieu…
Je me rappelle encore de ce Takussane, ou ces vertueux hommes sont revenus du cimetière de Touba, informant la grande famille « Seugne Fallou, Denthie nagne ko ba nopi ». J’avoue que c’est le moment que je n’oublierai jamais lors de ces funérailles. Ces mots sonnent encore à mes oreilles comme si c’était aujourd’hui. Je me disais comment « ils ont pu ? » « Comment ont-ils osé ? » C’est normal que je me posais ces questions. Je n’avais pas encore compris. Aujourd’hui, j’ai plus de 25ans, et je réalise que demain, où peut être même à la seconde qui suit des hommes viendront annoncer à ma famille « Binetou, Denthie nagne ko ba nopi ». Ils l’auront fait malgré eux, ils l’auront fait tout en se résignant à la volonté divine, ils l’auront fait parce que mon heure aura sonné. C’est pourquoi, tout comme toi, Baay, j’espère donner à mes enfants, la plus belle éducation, pour que demain, quand je ne serais plus là, qu’ils prient pour moi, tout comme je prie pour toi. J’ai pris conscience aujourd’hui que tu es monté aux cieux pour de bon, tu as été remis à Dieu. Mais je n’en fais pas pour autant une raison pour te dire Adieu, Baay, car je te porte et te porterai toujours dans mon cœur. Heureusement, tu as réussi ta mission de père. Car tes enfants sont plus que jamais unis. Aujourd’hui, nous sommes tous là, à nous soutenir les uns les autres, et prions ensemble pour toi. Nous savons que c’est le meilleur moyen de t’être reconnaissants pour cet amour, cette éducation que tu nous as laissés en héritage. Tes fils Abdou Rahmane Amar, Mamenar Amar Tapha Amar Cheikh Mbacke Amar Bamba Ci Xol Sitou Ib-Noul Harabiya Amar Faty Makhtar Amar Cheikh Sady Sokhna Mame Bousso Amar Sokhna Amar Dior Bamba Amar Amar Amadou Yaay Astou Sall ne diront pas le contraire. Passe notre salam à nos chères Mame Diarra et Penda et à notre brave grand frère Serigne Mbacke Amar ainsi qu’à notre adorable mère Sokhna Mbathie Amar et dis-leur qu’ils nous manquent, et que nous ne les oublions guère dans nos prières. Ce texte, je te l’offre en hommage. Je ne cherche pas de la compassion ou à pleurer sur mon sort en le publiant. Ce que je sollicite, est que celui qui le lit, fasse pour toi 11 likhlass et des salatou Ala Nabi, qu’il formule cette prière telle que le Prophète (PSL) la formulait pour tous les défunts « Mon Dieu, pardonne ce croyant et place le à un rang élevé, parmi ceux qui ont été guidés. Sois son remplaçant auprès des membres de sa famille qui sont demeurés en vie, pardonnes-nous ainsi qu’à lui, Ô Maître des mondes, et fais de sa tombe un endroit spacieux et lumineux. » Je le publie pour que celui qui le lit, et qui a encore ses parents en vie, en profitent en leur vouant encore du respect, de la considération, en communiquant avec eux par des paroles douces, en les traitant bien, et en prenant soin d’eux, en partageant avec eux leurs revenus ou salaires, et surtout en leur disant sans complexe combien nous sommes fiers d’eux. Si Allah (SWT) a fait que ce soit, eux, nos parents et pas d’autres, c’est qu’il y a bien une raison que nous ignorons. Donc les respecter et les honorer, c’est accepter et manifester notre satisfaction par rapport au choix qu’Allah a fait pour nous. J’en profite dans cette lettre pour te dire que je suis fière de toi, Baay. Je n’ai pas eu l’occasion de te le dire avant que tu t’en ailles en ce triste matin de janvier 2006. Tu resteras, cependant éternellement gravé dans mon cœur et dans celui de tous ceux qui t’ont connu et côtoyé. Tu es parti, Hélas ! Mais tes œuvres restent. Je m’excuse de la longueur de la lettre, Papa, mais il fallait bien que tu me tiennes compagnie en ce jour de magal, que je te dise combien tu es important à nos yeux. Assez parlé ! Baay, je vais devoir te laisser et aller faire mes prières, j’imagine que c’est ce dont tu as le plus besoin. J’ai au moins tenu ma promesse, je t’ai tenu compagnie durant tout le Magal. LoL ! Waxal Amine boubax Baay, ndanx dumala faaté muku si niane, et je sais que toutes les personnes qui liront cette lettre prieront également pour toi. Xell dall na bubax si yaw ndanx bign la daalé guiss ba bigne la nopéé guiss si yiw akuk taalibé, ak nangou liguey yoor sa ndiambote ak dimbali domou adama yi rek lagne la khamé, Baay…Yalla na Firdawsi dissa keur,…A bientôt, inchala !

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